E-changer

Bonjour à tous,

Comme nous l’avons souvent mentionné, nous sommes partis au Mali grâce à E-changer ( http://www.e-changer.ch ).  Avant notre départ, nous avons suivi une formation sur deux ans. Elle aurait pu être condensée sur 1 année. Dans cette formation nous avons eu la possibilité de nous exprimer et de nous mesurer au moyens de diverses techniques. Une technique d’expression que j’ai eu beaucoup de plaisir à utiliser est celle inventée par Auguto Boal expliquée dans son livre : “Le théâtre de l’opprimé”.

Nous avons aussi vu beaucoup d’outils d’auto-évaluation. C’est des outils que nous allons mettre en place, tout d’abord pour ce poser des questions et ensuite pour apporter nos propres réponses.

J’ai toujours été content de chaque journée de travail passée avec e-changer : c’est une ouverture qui m’a permis d’apercevoir des potentialités de l’homme que je n’aurais jamais imaginé.

Bref, mon conseil, suivez la formation e-changer.

Meilleures salutations.

Jean.

PS : plus d’infos ici

http://fr.wikipedia.org/wiki/Augusto_Boal

http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9%C3%A2tre_forum

http://fr.wikipedia.org/wiki/Paulo_Freire

http://www.recit.net/spip.php?article260

http://www.atelier-nature.ch/

Mali et Burkina Faso

Bonjour à tous,

Notre coordinatrice pour e-changer au Burkina Faso, a écrit un très intéressant document sur ses deux pays, nous aimerions vous en présenter une partie.

Merci à Martina et bonne lecture.

Yasmine

”Le Mali et le Burkina Faso, deux pays voisins enclavés dans la zone sahelienne de l’Afrique de l’Ouest, ont beaucoup de points communs: les deux font depuis longtemps partie des 4 ou 5 pays les plus pauvres du monde avec près de 50 % de la population qui vit en dessous du seuil de la pauvreté, un taux d’alphabétisation très bas (23% pour le Mali, 28 % pour le Burkina) et un enfant sur deux qui ne va pas à l’école. Ce sont des pays essentiellement agricoles avec 70 voire 80 % de la population qui vivent de l’élevage transhumant et de l’agriculture dans des exploitations familiales utilisant des pratiques culturales simples. Les terres arables sont de 17% pour le Burkina contre 4 % pour le Mali (dont la moitié du pays est couvert par le désert du Sahara). Une pluviométrie très irrégulière et l’appauvrissement des sols sous une pression démographique de plus en plus grande rendent l’agriculture de plus en plus difficile et poussent beaucoup de jeunes à chercher une meilleure vie dans la capitale ou dans d’autres pays.

Les deux pays sont peuplés de nombreuses ethnies qui sont unies par un passé riche de grandes civilisations comme sous l’Empire du Mali (XI° -XVII° siècle). Plusieurs ethnies vivent dans les deux pays et les frontières modernes n’ont guère limité les échanges. La langue officielle est le français autant au Burkina qu’au Mali, mais elle n’est parlée par à peine 25% de la population. La grande majorité de la population parle deux ou trois langues locales, il en existe plus de 60 dans les deux pays réunis !

Entre tradition et modernité, les deux pays sont caractérisés par une énorme disparité de développement socioéconomique, d’éducation et de mentalité entre le monde rural et la capitale d’une part et d’autre part entre une minorité formée à la pensée “moderne” et la majorité avec peu voir pas de formation scolaire et un fort ancrage dans les valeurs traditionnelles. Deux mondes qui se touchent continuellement, mais qui parlent un langage différent dans beaucoup de domaines: régime foncier, droit de la famille, agriculture, éducation, santé. Droit moderne ou droit coutumier? Lequel est appliqué? L’Etat central qui essaie de moderniser la société, mais qui peine à assumer son rôle dans l’éducation et la santé pour tous. L’Etat central qui essaie de se décentraliser, mais qui en milieu rural est toujours percu comme un élément extérieur, plus menaçant qu’aidant dans les affaires courantes de la vie.

Je voudrais citer deux différences significatives entre le Burkina et le Mali. Le premier, d’ordre socio-culturel, est lié à l’islamisation très ancienne et quasi total des populations du Mali qui fait qu’aujourd’hui plus de 80% des Maliens sont musulmans, seulement 5% sont restés animistes et 15 % sont chrétiens. L’islamisation des populations de l’actuel Burkina s’est fait quelques siècles plus tard et beaucoup d’ethnies ont résisté. Aujourd’hui le Burkina compte 52% de musulmans, 26% d’ animistes et 21 % de chrétiens. Cette différence liée à une plus grande présence de l’islam se voit facilement dans les deux capitales : à Ouagadougou tout se passe à l’extérieur, aux abords des rues : les échoppes, les petits commerces et artisans, les vendeurs ambulants, une multitude de coins de restauration et de buvettes. Bamako est beaucoup plus sobre, la vie, les différents commerces et activités se passent beaucoup plus à l’intérieur des cours.

La plus grande présence de l’Islam se manifeste aussi dans l’adoption de textes de lois concernant le droit de la famille. Au Burkina le nouveau code des personnes et de la famille, élaboré sous la révolution de Thomas Sankara, garantissant l’égalité des conjoints en droits et en devoirs et leur pleine capacité juridique, est adopté en 1990. Au Mali c’est seulement vingt ans plus tard, en 2009, avec une opposition farouche du Haut Conseil Islamique qui estime que le nouveau code n’est pas adapté aux réalités sociales du pays.

La deuxième différence concerne le cheminement politique des deux pays depuis l’indépendance. En résumant et simplifiant on peut dire ceci : au Mali c’est un soulèvement populaire qui avec l’aide de l’armée met fin en 1991 aux 23 années de dictature et de parti unique de Moussa Traoré. Les partis politiques se multiplient, une nouvelle constitution est élaborée et une année plus tard, en juin 1992, le général Amani Toumani Touré remet le pouvoir aux civils. Attitude exemplaire que très peu d’auteurs de coups d’Etat en Afrique de l’Ouest ont adoptée. Le processus de démocratisation est en route. Alpha Oumar Konaré, premier président civil, assume deux mandats de 5 ans et en 2002 Amani Toumani Touré est réélu président.

Le Burkina Faso, entre 1960 et 1987, ne connait pas moins que 8 changements politiques souvent violents et favorisés par un fort mécontentement populaire. Cette période d’instabilité politique ne favorise guère le développement, bien que sous la révolution de Thomas Sankara entre 1983 et 1987 de réels efforts pour sortir le pays de la pauvreté et du sous-développement sont entrepris. Avec un nouveau coup d’Etat sanglant en 1987 l’actuel président Blaise Comporé s’empare du pouvoir et y reste jusqu’à ce jour. Malgré une constitution votée en 1991 et des institutions démocratiques mises en place, il y a eu des meurtres politiques et aucune alternance ni au niveau du président ni au niveau du parti au pouvoir.

Le Mali a cheminé d’une dictature à une plus grande ouverture démocratique, le Burkina de multiples changements politiques à plus de vingt ans de stabilité apparente avec l’omniprésence du parti de président. Il me semble, que la société civile, fortement soutenue par les diverses acteurs de coopération et de développement, est plus active et plus indépendante au Mali qu’au Burkina.

Situation en rapport avec l’axe sécurité alimentaire et l’environnement

Autant pour le Burkina que pour le Mali la sécurité alimentaire est une priorité dans les textes sur la politique agricole: augmenter la production agricole pour faire face aux aléas du climat et à la démographie croissante et permettre à la population rurale et urbaine de manger à leur faim. Soutenir efficacement les exploitations familiales ou céder à l’agrobusiness et à la vente de milliers d’hectares de terres fertiles à des pays comme la Chine et la Lybie? Augmenter la production par l’amélioration de techniques culturales simples, respectueuses de l’environnement ou par l’augmentation de l’agriculture industrielle et l’introduction de cultures OGM?

Les questions sont complexes, les enjeux politiques et économiques tant au niveau national qu’international aussi. Les organisations civiles, en particulier les organisations paysannes ont un rôle important à jouer dans la définition des politiques agricoles nationales

Situation en rapport avec les droits humains et la participation citoyenne

Un enfant sur deux n’est pas enregistré à sa naissance, ce qui veut dire concrètement qu’il n’aura pas accès à l’école, au mariage légal, à une carte d’électeur. Au cours des dernières années, le Burkina Faso a accompli des progrès considérables dans le domaine de l’enregistrement des naissances. Environ deux tiers des enfants sont aujourd’hui déclarés à la naissance et une campagne nationale de sensibilisation et d’enregistrement gratuite tente de toucher les enfants et jeunes en dessous de 18 ans à travers tout le pays.

Bien que les deux pays se soient dotés de textes juridiques nationales garantissant les droits de l’homme et aient signés la plupart des conventions internationales à ce sujet, leur application est loin d’être généralisée. Non seulement le fort taux d’analphabétisme fait que 80% de la population méconnaissent leurs droits, mais l’existence et la pratique du droit coutumier et religieux (de l’islam en l’occurrence) dans le monde rurale et les périphéries urbaines rendent difficile le changement vers une société plus juste, surtout envers les femmes. Des pratiques comme le retrait des filles de l’école pour les donner en mariage, l’excision, le non accès à la terre, l’impossibilité d’exercer une activité lucrative sans le consentement du mari et bien d’autres sont encore très répandues.

La Marche Mondiale des femmes, un mouvement social international présent au Mali et au Burkina, joue un rôle important pour amener autant l’Etat que les populations et les mouvements sociaux à soutenir et à effectuer les changements qui s’imposent pour améliorer les conditions et la qualité de vie des femmes dans leur pays respectif.


2. Historique de la coopér-action de E-CHANGER dans le pays et positionnement dans le panorama de la coopération (alliances, synergie avec des autres ONGs).

Reconstruire le lien avec l’Afrique, tel était le souhait de E-Changer au début du nouveau millénaire. Deux partenariats ont démarré fin 2002 et début 2003 au Burkina Faso en Afrique de l’Ouest, premières expériences dans ce pays sahélien avec un passé riche d’initiatives pour une prise en compte des besoins réels des populations en matière d’alimentation, d’accès à l’éducation, aux a soins et à la culture en soutenant particulièrement les franges les plus vulnérables: femmes, enfants et personnes handicapées.

En 2008 trois volontaires travaillent dans trois projets ponctuels et sont suivi à distance par le secrétariat en Suisse. Il n’y a pas encore de programme E-Changer pour le Burkina proprement dit, mais les premiers contacts se font avec Action Carême, engagé sur place dans des groupements villageois pour accroître leur sécurité alimentaire et avec le directeur résident de la DDC, fortement intéressé à collaborer dans le soutien aux organisations paysannes afin de renforcer ce mouvement encore peu organisé au Burkina à l’instar de pays comme le Sénégal et le Mali, où le mouvement devient de plus en plus un interlocuteur incontournable dans la politique agricole de l’Etat.

C’est en mai 2009 que la coordination locale se met en place et que le programme Burkina Faso et pays limitrophes se développe avec trois nouveaux partenariats, dont deux au Mali.”